Sous traitance et défaillance d’entreprise

16 mai 2009

Quels est l’avenir pour les PME qui travaillent comme sous traitants ?

Qu’en est-il des « dépôts de bilan’ constatés aujourd’hui et qui surgissent pour ces entreprises là ?

On ne peut cacher la récession actuelle puisqu’enfin l’INSEE vient de reconnaître que pendant deux trimestres consécutifs, le taux de croissance du PIB a été négatif. D’où une prévision pour 2009: le taux de décroissance sera de de 3%, vraisemblablement davantage (estimation à moins 5% en Allemagne, on ne voit pas pourquoi on ferait mieux que nos voisins qui ont une économie plus forte que la notre).

C’est dire que l’aspect social de cette crise est devant nous.

ON constate aujourd’hui dans les tribunaux de commerce une augmentation des « dépôts de bilan » de plus de 25% dans certaines villes.

Ce phénomène malheureusement va aller croissant. l’explication est simple et tient en grande partie au fait que nombre de PME travaillent en tant que sous traitant de firmes multinationales.

Ces dernières années en effet on avait vu se développer dans l’industrie lourde et de transformation une croissance trés forte de la sous traitance ou plus précisémment de la co-traitance, variété plus noble que la précédente.

L’avantage de cette façon de procéder est d’abaisser le seuil de rentabilité en transformant des coûts fixes en coûts variables. Ainsi si seuil de rentabilité est abaissé, en cas de baisse d’activité, l’entreprise se situe toujours dans la zone de profit avec certes un profit moindre cependant. La sidérurgie comme la métallurgie ont usé et abusé ce cette organisation de la production. Il en est résulté une plus grande flexibilité et une maîtrise dans la gestion du risque.

En externalisant ainsi certaines compétences, les grandes entreprises ont pu dans le passé, se concentrer davantage sur leur coeur de métier pour y développer une excellence nécessaire dans la compétition mondiale.

Aujourd’hui la donne est changée.

Le choc de cette crise, annoncée pour rassurer comme « conjoncturelle », alors que personne honnêtement ne sait le temps qu’elle va durer, amène les grandes entreprises à changer de stratégie, surtout celles qui avaient eu recours à cette externalisation de leurs activités par le biais de la sous traitrance.

Pour s’adapter à une baisse de production afin d’éviter de voir leurs stocks croîtrent de manière importante, les grandes entreprises dans un premier temps ont utilisé les procédures de chômage technique. Considérant sans doute que cette crise sera plus longue qu’annoncée, elles ont tendance aujourd’hui à internaliser leurs activités aprés donc les avoir externaliser au travers de la sous traitance. L’avantage pour elles, est de donner ainsi du travail à leurs salariés et donc de ne plus recourir à ce chomâge partiel qui a ses limites. Ainsi officiellement elles ne licencieront pas et au cas où la demande reprendrait ajusteront la hausse de production par un recours massif à l’intérim. Certes cela n’est pas facile à mettre en place car cela suppose un nouvel apprentissage de métiers qui avaient été externalisés et donc va entraîner une nouvelle organisation de la production. La conséquence à court terme est une rupture brutale des contrats de sous traitance, entraînant alors pour les PME une chute brutale de leurs activités.

A long terme, on peut penser que les grandes entreprises si elles doivent faire l’effort de réapprendre les métiers par elles oubliés du fait de leurs externalisation, les garderont dans leur giron pour rentabiliser cette nouvelle donne industrielle. Ainsi, si la crise doit durer, dés lors que que les grandes entreprises auront récupéré ces savoirs faire, elles ne seront pas prêtes de les transférer à nouveau aux sous traitants. Concrtement pour les PME sous traitantes, il n’y aura pas d’espoir de reprise.

Ces PME travaillant pour les grands groupes industriels, se caractérisent par une forte dépendance économique vis à vis de leurs donneurs d’ordre. Il n’est pas rare que l’entreprise sous traitante réalise un chiffre d’affaires de 30 à 70% avec un seul client. Or dans le meilleur des cas un CA de plus de 10% avec un seul client entraîne ipso facto un résultat global négatif.

Par ailleurs, comme nombre de PME, leur structure bilancielle est totalement déséquilibrée, finançant leur activité par des financements extérieurs et à court terme du fait de leur manque de fonds propres.

On devine alors la suite.

Le « dépôt de bilan » devient inéluctable avec aucune chance de pouvoir proposer un redressement par voie de continuation.

On peut donc s’attendre à une augmentation spectaculaire des déclarations de cessation de paiement d’abord chez les sous traitants industriels et ensuite de manière générale dans les entreprises de services. Une trés grande majorité de ces dépôts de bilan se traduira par une liquidation judiciaire – ce qui est déjà le cas actuellement – et donc par des licenciements inévitables.

Je reviendrai prochainement sur la loi de sauvegarde au niveau de ses conséquences économiques.

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